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Patrice Cohen

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"Le Cari partagé"
"A la Réunion, cari est synonyme de nourriture"
Dans "Le Cari partagé, Anthropologie de l'alimentation à l'île de la Réunion", Patrice Cohen s'intéresse aux habitudes alimentaires réunionnaises. Il nous livre ici quelques-unes des conclusions de son étude. (Février 2005)

Pourquoi votre livre s'appelle-t-il "Le Cari partagé" ?
Patrice Cohen A la Réunion, le mot "cari" est synonyme de "nourriture". Et "partagé", parce que c'est un plat collectif. Il est constitué de plein de petits morceaux pour qu'il y en ait pour tout le monde. On le prépare pour les repas familiaux, les mariages, les fêtes religieuses... Sa recette varie en fonction des moyens et des événements : cela va du cari classique au poulet, au cari langouste pour les grands événements.

Pourquoi et comment avez-vous écrit ce livre ?
Ce livre est la synthèse de ma thèse de doctorat qui portait sur les habitudes alimentaires de l'île de la Réunion. Je l'ai fait dans le cadre d'un programme du laboratoire d'écologie humaine et d'anthropologie d'Aix-en-Provence. J'avais déjà fait un voyage d'étude en Inde et je savais qu'il y avait eu une forte immigration indienne à la Réunion. Mon enquête a durée 6 ans, dont 3 ans que j'ai passé dans le quartier réunionnais que j'ai étudié plus particulièrement. A la fin des années 90, ce quartier était en plein transition sociale, en plein désenclavement. La construction de routes, l'ouverture d'une école, la mise en place du RMI... ont transformé les modes de vie des habitants.

Le livre
Le Cari partagé,
Editions Karthala, 2000, 368 pages, 25 €.
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Comment cela s'est-il traduit au niveau alimentaire ?
L'alimentation qui était basée sur une production vivrière (maïs, haricots, lentilles...) a peu à peu intégré les produits issus de l'importation (sodas, gâteaux, pâtes...). Les jeunes femmes qui sont allées garder des enfants dans les familles de "métro" ont découvert de nouveaux plats (purée, steak-frites, salades variées...). Et les enfants aussi, en mangeant à la cantine de l'école. Petit à petit l'exploitation des terres a été abandonnée et les habitants sont donc devenus dépendants des produits importés. Mais, côté positif, ils se sont ouverts au reste de l'île, leurs activités et leur alimentation se sont diversifiées.

Quel est le plat typique de la Réunion ?
Le cari bien sûr. Il s'agit d'une sorte de ragoût, préparé avec de la viande, du poisson ou des légumes, accompagné de riz, de "grains" (haricots ou lentilles), et de rougail (sauce composée en général de petits piments, tomates et oignons). La variante indienne de ce plat est le massalé : il se compose de différentes épices et il a davantage une connotation religieuse. On le prépare notamment lors des fêtes hindoues, quand il y a des sacrifices de cabris ou de coqs.

Mis à part le cari, peut-on parler d'une ou de plusieurs cuisines réunionnaises ?
Certains plats forment le fond commun de la cuisine créole : le riz, le cari, le rougail... Ensuite, chaque communauté a apporté sa richesse culinaire, plus ou moins intégrée au fond commun : le chop suey et les bouchons chinois, les samoussas et le biryani indiens (des musulmans, d'Inde de l'Est), le massalé et tandoori indiens (des tamouls, d'Inde du Sud), le roumazava et les brèdes malgache... Sans oublier les apports de la métropole : les frites, les pizzas, les grillades, le poulet rôti que l'on peut acheter sur le bord des routes le week-end... La cuisine évolue car les traditions s'interfèrent et chacun concocte son menu en fonction de ses goûts et de ses moyens.

Propos recueillis par Emilie Godineau


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