Histoires de thé "J'ai longtemps bu des thés lambda en sachet"

julia roubaud
Julia Roubaud © DR

Votre premier souvenir de thé ?

Je suis venue au thé sur le tard. Dans ma famille, nous buvions surtout du café. J'ai goûté pour la première fois un thé en vrac grâce à ma petite sœur, qui m'en avait offert pour mes 17 ou 18 ans. Il s'agissait d'un thé vert et d'un thé noir de la marque Lushan, basée entre Grenoble et Chambéry, dont je suis originaire. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à apprécier le thé. Avant, je ne buvais que des thés en sachet, comme beaucoup de monde.

Votre souvenir le plus marquant autour du thé ?

"Ma petite théière marocaine ne me quitte pas"

Il y en a deux. Je me souviens de la révélation que j'ai eu un jour en goûtant dans un salon de thé le Tamaryokucha que je connaissais déjà. Du moins, c'est ce que je croyais. Le thé Tamaryokucha que l'on m'a servi n'avait rien à voir avec celui que j'avais à la maison et je me suis rendue compte que je le préparais très mal ! J'ai pris conscience de l'importance de différents facteurs dans la préparation du thé : température de l'eau et durée d'infusion à la seconde, pour certains thés sencha.
Mon second souvenir marquant autour du thé, je le dois à un ami algérien qui était venu préparer du thé à la menthe à la maison. Nous étions au milieu de la cuisine avec mes parents, à le regarder faire. C'était un moment très convivial. Et cela a été une vraie découverte lorsque, lors de la seconde infusion, cet ami a laissé de côté la menthe fraîche pour infuser... un bouquet de basilic ! Un délice. J'ai alors découvert qu'au Maghreb, on ne buvait pas que du thé à la menthe, mais qu'en fonction des saisons on employait d'autres herbes, comme de la sauge par exemple. Lorsque je suis partie à Lyon pour faire mes études, mon père m'a offert une petite théière traditionnelle argentée dénichée dans un boui-boui. Elle est toutes oxydée aujourd'hui mais j'y tiens, car elle me rappelle ce moment de partage.  

Pourquoi buvez-vous du thé ?

Je bois du thé pour le plaisir gustatif qu'il me procure, pour partager un moment autour d'une tasse avec quelqu'un également, pour l'ouverture culturelle que véhicule le thé ensuite. Les rites et coutumes associés au thé dans le monde me touchent et m'intéressent. J'ai cette sensibilité-là. C'est peut-être pour cela que je voulais devenir ethnologue étant enfant. Enfin, je bois du thé pour mon travail, pour sélectionner ceux qui seront présents dans nos prochaines box Envouthé.

Vos incontournables ?

Cela dépend de l'humeur, du moment... Il y a une famille que j'apprécie beaucoup et que j'aime faire découvrir, ce sont les Wulong. Notamment les "Milky", qui présentent des notes lactées dues à une heureuse erreur au moment de sa manufacture, perpétuée depuis. Les Wulong sont des thés d'origine très faciles d'accès, avec leurs notes fruitées, fleuries et gourmandes. Ensuite, il y a le thé sencha japonais Gyokuro et aussi le Tamaryokucha, moins fin, mais qui réveille en mois de bons souvenirs. Je ne suis pas amatrice des thés noirs corsés à l'anglaise ou d'Assam. Je préfère ceux du Yunnan ou du Qimen, plus ronds et subtils.  

Comment associez-vous cuisine et thé ?  

Grâce à l'Ecole de thé et Carine Baudry (directrice de l'Ecole, ndlr), j'ai eu le plaisir de goûter à la cuisine au thé du chef Sylvain Sendra du restaurant Itinéraires à Paris. C'est une expérience incroyable. Le Lapsang Souchong (thé fumé, ndlr) est extra en cuisine, tout comme le Wulong fortement oxydé ou le Pu Er, qui sont des thés au goût puissant. Ils relèvent bien les plats. J'aime, plus classiquement, les créations au thé matcha du pâtissier japonais Sadaharu Aoki. Comme je suis plus "salé", j'apprécie d'avantage le thé dans des plats, une émulsion au matcha sur un poisson par exemple.

 

 

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