"Masterchef ? Aucun intérêt !" Interview Babette de la Rozières

babette cuisine sur france 5.
Babette cuisine sur France 5. © Nathalie Guyon

Comment avez-vous appris à cuisiner ?

Je n'ai jamais mis les pieds en cuisine quand j'étais enfant ou adolescente. Mes parents avaient les moyens et disposaient de personnel. La cuisine était à l'écart, dans la cour. Ce n'était pas ma place d'après mes parents. J'ai d'abord appris la cuisine par les odeurs, puisque je n'avais pas le droit d'y aller. J'ai voulu ensuite reconstituer ces odeurs dans ma propre cuisine. J'ai fait une licence d'Histoire pour faire plaisir à mes parents et j'ai travaillé à l'ORTF pour gagner des sous et me payer des cours de cuisine, et plus tard, mon propre restaurant.

 

Quelle est la meilleure façon de se former en cuisine ?

Je conseillerais de passer par la voie générale et surtout de travailler avec un chef. C'est formateur d'entrer dans la cuisine d'un pro. Et surtout, si on a une idée en tête, il faut aller au bout de ses rêves. C'est ce que j'ai fait. Ma mère m'a posé un ultimatum. Il fallait que je choisisse entre elle et la cuisine. Et j'ai choisi la cuisine ! C'était dur à l'époque, j'étais mineure, sans aucun secours, mais je suis heureuse d'avoir fait ce choix. Aujourd'hui je suis réconciliée avec ma mère.

 

Comment êtes-vous parvenu à vous imposer dans cet univers d'hommes ?

 S'imposer auprès des grands chefs n'a pas été facile. Je remercie ma mère de m'avoir dotée d'un caractère bien trempé. Je n'ai pas la langue dans ma poche et quand il le faut, je mets les points sur les "i", mais sans polémiquer. Croyez- moi, en cuisine, on ne m'a pas rit au nez longtemps ! Aujourd'hui j'ai de très bons rapports avec les chefs. Ils aiment leur Babette ! Ils ont vu que je suis une travailleuse, que je maîtrise parfaitement mon métier et ils aiment mes différences : mon origine antillaise et ma culture des épices.

 

Qui a influencé votre cuisine ?

Sans aucun doute Joël Robuchon. Je le vénère pour la maîtrise de son art et sa simplicité ! Il y a aujourd'hui beaucoup de cuisiniers à chichis qui aiment se montrer. Lui est resté discret et professionnel. On échange beaucoup, il m'encourage. Je lui ai même inspiré un plat : mon lapin à la moutarde de cacao, qui est avant tout une épice et pas une friandise. Il faut bien savoir le doser. Avec une crème à l'estragon, c'est sublissime !

 

Que vous procure la cuisine ?

Enormément de bonheur ! Elle est vitale, elle revient trois fois par jour. La cuisine c'est partager, offrir du bonheur aux gens en leur proposant des plats préparés avec amour. Voir le mouvement de leurs babines, leurs yeux qui brillent... C'est un vrai bonheur !

 

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