Noémie Honiat : "J'aimerais que les femmes soient plus représentées dans les grands concours"

Que vous évoque la Journée de la Femme ?
Pour moi c'est une journée qui nous est consacrée, donc il en profiter ! Cette année, elle aura une résonance vraiment particulière car je concoure à La Cuillère d'Or, un Trophée exclusivement réservé aux femmes. J'en suis très fière. 

Comment expliquez-vous le manque de parité en cuisine ? 
La cuisine a toujours eu un fonctionnement assez masculin. On parle de brigade, de chefs, sous-chefs. Il y a une hiérarchisation qui fait beaucoup penser à l'armée et qui est assez fermée. Même si cela évolue doucement, certains chefs machos ne font pas confiance aux femmes et estiment qu'elles n'ont pas leur place en cuisine. J'ai souvent envie de leur dire que le premier plat qu'ils ont mangé c'est souvent celui de leur mère ! Ce qui me révolte aussi, c'est la quasi absence totale de femmes aux grands concours. Regardez les Meilleurs Ouvriers de France, seulement deux femmes concourraient cette année. Le Bocuse d'Or : aucune femme n'a jamais représenté la France. Il y a même certains concours qui font semblant d'être ouverts mais on sait très bien qu'aucune femme ne gagnera...

Avez-vous été confrontée au sexisme en cuisine ? 
Du haut de mes 1 mètres 55, plus d'une fois oui. Je l'ai beaucoup ressenti lors de mes premiers concours lorsque j'arrivais en tailleur et talons. J'étais un peu le cliché de la petite niçoise coquette. Je me souviens avoir essuyé des regards signifiant "toi la fille, tu ne nous fais pas peur". Lorsque j'ai participé au concours des Jeunes Talents de la Gastronomie, l'un des chefs m'a avoué que certains membres du jury ne voulaient pas me donner le prix car j'étais une femme. Pendant l'école hôtelière et les concours, j'ai dû me battre deux fois plus comme pour justifier que je ne venais pas en cuisine pour rencontrer des cuisiniers. Cela dit, ça évolue un peu même d'un point de vue matériel. Les marques de vêtement commencent à sortir des lignes pour femme. Il était temps car j'en avais marre de ressembler à un sac à patates !  

Quand on dit qu'une assiette est féminine, ça vous fait plaisir / vous énerve / vous fait ni chaud ni froid ? 
Je prends plutôt ça pour un compliment car pour moi, une assiette féminine est synonyme de rigueur, minutie, sensualité. Une assiette agréable à regarder.

Quelle(s) femme(s) admirez-vous ? 
Ma grand-mère et ma mère. Ce sont elles qui m'ont donné le goût du bien manger et qui m'inspirent. Ma grand-mère est pied noir et je puise chez elle l'héritage des saveurs parfumées, un peu orientales. Elles sont dans mes pensées quotidiennement. Quand je créé un dessert, je puise dans mes souvenirs d'enfance. Ce qui fait la signature d'un cuisinier, c'est son histoire. 

Noémie Honiat est chef pâtissière du restaurant L'univers en Aveyron. Avec Quentin Bourdy, ils ouvriront prochainement Jacques a dit, un bistrot convivial dans lequel les produits aveyronnais seront mis à l'honneur avec une bonne dose d'amour.
©  Facebook Noémie Honiat