Anne-Sophie Pic : "Il faut dépasser le débat féminin/masculin en cuisine"

Que vous évoque la Journée de la Femme ? 
Je salue cette initiative et tout à la fois elle me rend triste car elle signifie qu'il est encore aujourd'hui nécessaire de célébrer les femmes.

Comment expliquez-vous le manque de parité en cuisine ? 
La cuisine est un métier très exigeant aussi bien physiquement que psychologiquement. Mes journées commencent à 9 heures et se finissent rarement avant minuit. Sans compter la pression inhérente à chaque service et à la création de nouveaux plats. C'est un métier dans lequel travail, passion, discipline sont de rigueur mais avec une dilation temporelle qui le rend parfois difficile à concilier avec une vie familiale.

Avez-vous été confrontée au sexisme en cuisine ? 
Cela m'est arrivé mais comme beaucoup de femmes ont du l'être un jour ou l'autre dans leur vie professionnelle.

Quand on dit qu'une assiette est féminine, ça vous fait plaisir / vous énerve / vous fait ni chaud ni froid ? 
J'entends souvent dire de mes assiettes qu'elles sont féminines car elles sont extrêmement délicates, précises, colorées… A l'inverse, on dit aussi de ma cuisine qu'elle est masculine car j'ai des partis pris gustatifs très tranchés et je recherche la puissance des goûts et la complexité aromatique dans mes créations. Je crois qu'il convient de dépasser ce débat féminin/masculin pour se concentrer sur l'univers culinaire de chaque chef qui peut s'exprimer de plein de manières différentes.

Quelle(s) femme(s) admirez-vous ?
Il y a plein de femmes que j'admire pour diverses raisons, leur talent, leur courage, leur vision et ce dans tous les domaines – artistique, scientifique, politique, économique.

Anne-Sophie Pic est chef étoilé*** du restaurant gastronomique La Maison Pic à Valence.
©  Emmanuelle Thion