Accord Majeur : Curry & Vins

Trouver un vin pour un plat épicé, savoir créer une alchimie autour d'un met particulièrement relevé et parfumé. Le curry (ou kari), plat en sauce symbole de la cuisine indienne, évoque le parfum et le charme de l'orient, la puissance des épices. S'il fait voyager et enchante nos palets, il peut aussi effrayer les oenophiles et masquer les arômes de jolis flacons. Il existe néanmoins des règles pour contourner sa puissance, l'enrober, créer une harmonie qui valorisera à la fois son parfum et les arômes du vin choisi. Voici mes suggestions pour de belles associations épicées.

Toute la difficulté avec le curry réside dans le fait qu'il s'agit d'un mélange de nombreuses épices (en général au moins une vingtaine) qui se présente sous la forme d'une poudre ou d'une pâte. En Inde on ne parle d'ailleurs pas de curry mais de « massala », qui signifie mélange et il en existe autant que de provinces indiennes.
Quelle que soit la recette exacte, quelques principes sont à respecter :
  • Curry et vin blanc
Pour les vins blancs, éviter les vins trop maigres, construits autour d'une trame fine et élancée mais stricts et tendus, manquant de rondeur et d'expression. Il seront masqués par le plat et n'existerons pas. Les blancs secs de Loire, de Bourgogne (en particulier du Nord) sont donc à éviter.

Un grand classique, le curry et le gewurztraminer, pour un superbe accord. Un évident cousinage entre le cépage et le plat, « Gewurzt » signifiant épice en alsacien. La puissance aromatique du plat et du vin se complètent... Tels deux ténors qui interprètent la même partition.
A défaut du Gewurztraminer, toujours en Alsace, un Pinot Gris d'une année mûre et solaire sera aussi un compagnon intéressant. Cépage moins expressif, l'accord se fera sur sa rondeur et sa richesse.

Si le curry est très relevé, allez chercher de la douceur sur des vins demi-secs ou moelleux. Enrober la puissance par la rondeur du vin, sa texture liquoreuse. Un mariage de complémentarité, ou comment l'opposition créée l'équilibre. Allez chercher un Coteaux du Layon, un Quart de Chaumes, ou plus au sud un Jurançon pour célébrer cette union.

Pour un curry jaune (forte teneur en safran) aux fruits à coques, noix de cajou, cacahuètes...un vin oxydatif du Jura, tel un vieux Château Chalon, fera merveille. Il développera des arômes proches de ceux du plat, portera son expression.
  • Curry et vin rouge
Inconditionnels du vin rouge, la première règle consiste à éviter les vins tanniques, les épices faisant ressortir l'agressivité des tannins, l'astringence et l'amertume. À oublier Syrahs, Cabernets et autres Malbecs.

Si le curry n'est pas trop relevé, privilégiez la finesse en choisissant de jolis Bourgognes rouges un peu évolués et issus d'un millésime pas trop acide (2007 par exemple). La côte de Nuits souvent caractérisée par son élégance, ses notes d'épices douces et de petits fruits rouges sera la meilleure source. Un Vosne-Romanée, un Chambolle-Musigny avec une texture suave et veloutée et une trame fine et longue seront à leur avantage.

Sur un curry fort et marqué, tournez vous vers les vins rouges du Rhône méridional. Dominés par le grenache ils développent des tannins assez fins. Capiteux et puissants, aux notes torréfiées et de fruits rouges confiturés, riches et peu acides, Châteauneuf du Pape, Gigondas...seront au rendez vous de cet accord plus axé sur la chaleur et la puissance.

Amateurs de sensations gustatives, parfums indiens et grands vins vous attendent pour des repas en couleur.